Je me souviens aussi d’avoir découvert le zoo de San Diego en compagnie d’Alice.

Avant notre départ, le téléphone de la maison sonna.

À l’époque, bien sûr, il n’y avait pas de téléphone portable. Le combiné était posé dans la cuisine et chacun entendait lorsqu’un appel arrivait.

Je me souviens encore de la voix d’Alice qui m’appela depuis l’autre pièce :

Alice : Fabrice, téléphone pour toi !

Je fus un peu surpris. Peu de personnes connaissaient le numéro de la maison.

Lorsque je décrochai, j’entendis immédiatement la voix de Katy.

À dix-sept ans, il m’aurait été difficile d’expliquer exactement ce que je ressentais. Je savais simplement que chacune de nos rencontres comptait davantage que la précédente.

Avec le recul, je peux l’affirmer sans hésitation : Katy fut l’un de mes premiers grands amours.

À cet instant précis, au téléphone, tout ce que je savais, c’est que le simple son de sa voix suffisait à rendre cette journée encore plus belle.

Katy souhaitait m’inviter à accompagner ses parents et elle à un concert de Frank Sinatra prévu dans la soirée.

Ma première réaction fut de croire à une plaisanterie.

Pour le jeune Français de dix-sept ans que j’étais, Frank Sinatra appartenait à cette catégorie de personnages presque mythiques que l’on connaissait à travers les films, la télévision ou les magazines. Il faisait partie de ces figures américaines qui semblaient exister dans un monde très éloigné du mien.

Je lui demandai même de répéter, tant l’idée me paraissait improbable.

Mais Katy était parfaitement sérieuse.

Après quelques minutes de conversation, nous raccrochâmes.

Alice m’attendait déjà pour partir.

Le zoo de San Diego nous attendait.

LE TÉLÉPHONE SONNE

LE ZOO DE SAN DIEGO

Je me souviens tout particulièrement de cette journée passée avec Alice au zoo de San Diego.

Encore aujourd'hui, plus de trente-cinq ans après cette visite, il demeure à mes yeux le plus beau zoo que j'aie jamais découvert. Et je suis loin d'être le seul à le penser. Régulièrement cité parmi les plus beaux zoos du monde, il fait encore aujourd'hui figure de référence auprès des spécialistes comme des visiteurs.

Dès les premiers pas dans le parc, je compris que cet endroit était unique. Rien ne rappelait les zoos traditionnels que je connaissais alors en France. Ici, les animaux évoluaient dans des espaces immenses, conçus pour reproduire au plus près leur environnement naturel. La végétation luxuriante, les reliefs, les points d'eau et la qualité exceptionnelle des installations donnaient parfois l'impression d'être au cœur d'un véritable safari.

Alice connaissait parfaitement les lieux. Elle me guidait d'un univers à l'autre en prenant le temps de m'expliquer l'histoire du parc et de me raconter quelques anecdotes. Nous avancions sans nous presser, profitant simplement de cette journée ensoleillée au milieu d'une incroyable diversité d'espèces venues des quatre coins du monde.

Je restais fasciné devant les immenses volières où les oiseaux évoluaient en totale liberté. Les éléphants, les girafes, les rhinocéros, les hippopotames, les tigres, les lions et, bien sûr, les célèbres pandas géants semblaient évoluer dans des décors d'un réalisme impressionnant.

Le téléphérique qui survolait une partie du parc nous offrit ensuite une vue spectaculaire. Depuis les airs, on prenait pleinement conscience de l'immensité du site et de l'incroyable travail réalisé pour intégrer harmonieusement chaque espace animalier au cœur d'un véritable jardin botanique.

Au fil de la journée, Alice me parlait également de sa ville.

Elle me racontait les nombreux souvenirs qu'elle gardait de cet endroit où elle venait régulièrement avec ken & Chris.

À travers ses récits, je découvrais peu à peu une autre facette de San Diego, celle de la vie quotidienne des Californiens.

Nous avons déjeuné tranquillement à l'intérieur du parc avant de poursuivre notre visite jusque dans l'après-midi.

Je crois que c'est cette journée qui m'a définitivement fait comprendre l'importance accordée aux espaces naturels et à la préservation de la faune aux États-Unis. Tout semblait pensé pour sensibiliser les visiteurs autant que pour leur offrir un spectacle exceptionnel.

En quittant le zoo, je n'avais qu'une seule certitude : je venais de découvrir un lieu exceptionnel.

Plus de trois décennies plus tard, malgré tous les voyages qui ont suivi, cette impression est restée intacte. Le zoo de San Diego demeure, pour moi, une référence absolue et l'un des plus beaux souvenirs de cet été 1989.

Mais la journée était loin d'être terminée.

Alice me proposa ensuite de m'emmener faire quelques achats dans plusieurs centres commerciaux de San Diego afin que je puisse rapporter quelques souvenirs de Californie.

Cette sortie marqua le début d'un autre souvenir inoubliable de cet été 1989.

En quittant le zoo, Alice me proposa de poursuivre la journée d'une manière bien différente.

Alice : Come on, Fabrice… let's do some shopping!
Je n'étais pas contre l'idée. Bien au contraire.

Nous prîmes la direction de plusieurs centres commerciaux de San Diego. Pour le jeune Français que j'étais, c'était une véritable découverte. Tout paraissait plus grand, plus moderne et plus animé que ce que je connaissais alors.
Les boutiques regorgeaient de vêtements de marques américaines que je ne voyais qu'à travers les magazines ou les films.

Je me souviens encore de marques comme Gotcha, Ocean Pacific, Hang Ten, Quiksilver, Stüssy ou encore Levi's, qui représentaient à elles seules tout l'esprit californien de la fin des années 1980.

Alice prenait plaisir à me conseiller. Elle riait en me voyant hésiter devant certains rayons et me répétait avec son sourire habituel :

Alice:You're in California now! :-)

Puis nous entrâmes dans un magasin Nike.

À cette époque, une paire de chaussures faisait rêver tous les adolescents : les Nike Air Max 1.
Depuis leur sortie, elles étaient devenues un véritable phénomène. On les voyait partout : dans les clips musicaux, les séries américaines, les magazines et les vitrines des centres commerciaux.

En France, elles étaient rares et représentaient un véritable objet de désir.

Alice remarqua immédiatement que mon regard s'était arrêté sur elles.

Alice : Go on… try them.

J'hésitai quelques secondes avant de les essayer.
En faisant quelques pas dans le magasin, j'avais déjà l'impression de marcher avec les chaussures les plus extraordinaires du monde.

Lorsque je revins vers elle pour les remettre dans leur boîte, Alice me sourit.

Alice: They're yours.
Je restai un instant sans voix.

Je n'avais jamais imaginé qu'elle puisse m'offrir un cadeau aussi généreux.

À dix-sept ans, cette paire de Nike Air Max représentait bien plus que de simples chaussures. Elle symbolisait l'incroyable accueil que Ron et Alice m'avaient réservé depuis mon arrivée en Californie.

Je les portai avec une immense fierté pendant tout le reste de mon séjour.

Aujourd'hui encore, chaque fois que je revois une paire d'Air Max 1, je repense instantanément à cette journée passée avec Alice dans les centres commerciaux de San Diego.

LET'S GO SHOPPING

Le soir venu, je me retrouvai assis aux côtés de Katy et de ses parents dans le Starlight Bowl, magnifique amphithéâtre en plein air niché au cœur de Balboa Park, à San Diego.

L’émotion, elle, est restée intacte.
Je revois encore la douceur de cette soirée californienne.

L’atmosphère particulière de l’été.
La musique qui flottait dans l’air.

Et cette sensation étrange de vivre quelque chose d’unique sans encore en mesurer l’importance.

À dix-sept ans, je ne réalisais probablement pas pleinement ce que représentait Frank Sinatra pour les Américains.
Il était déjà bien davantage qu’un chanteur. Il faisait partie de leur histoire, de leur culture et de leur mémoire collective.

Je me souviens de son élégance naturelle, de sa présence sur scène et du respect presque instinctif que lui témoignait le public. Ce soir-là, les spectateurs n’étaient pas seulement venus assister à un concert. Ils étaient venus voir une légende vivante.

Le Starlight Bowl offrait une atmosphère particulière. Malgré les milliers de personnes présentes, l’endroit conservait une certaine intimité.

Le soleil avait lentement disparu derrière les collines de San Diego, laissant place à cette douce soirée d’été dont la Californie a le secret. Les lumières de la scène illuminaient l’amphithéâtre tandis qu’une légère brise traversait encore les gradins.

Je serais incapable aujourd’hui de me souvenir de toutes les chansons qu’il a interprétées.

En revanche, une est restée gravée dans ma mémoire.
My Way.

Pendant longtemps, cette chanson est restée dans ma tête bien après mon retour en France.

Je ne me rappelle plus l’ordre du programme ni les détails précis du spectacle, mais je me souviens parfaitement de ce moment où les premières notes ont résonné dans l’amphithéâtre.

Autour de moi, des milliers de personnes écoutaient en silence.

Et moi, adolescent français de dix-sept ans assis à côté de Katy dans une douce soirée d’été californienne, j’avais encore du mal à croire que tout cela était réel.

Quelques heures plus tôt, je visitais le zoo de San Diego avec Alice.

L’après-midi, je découvrais les immenses centres commerciaux américains et repartais avec une paire Nike Air Max celles dont rêvaient alors tant d’adolescents de ma génération. Alice avait d’ailleurs tenu à me les offrir, un geste de générosité que je n’ai jamais oublié.

Et désormais, j’assistais à un concert de Frank Sinatra aux côtés de Katy.

Le zoo de San Diego le matin.
Le rêve américain l’après-midi.
Et Frank Sinatra le soir.

À cet instant précis, j’avais simplement l’impression d’être au cœur de cette Amérique dont j’avais tant rêvé.

Avec le recul, je crois que c’est exactement cela qui rend cette journée si particulière dans mes souvenirs.

Elle résumait à elle seule tout ce que représentait alors la Californie pour le jeune Français que j’étais : la découverte, l’émerveillement, la liberté et cette impression que tout semblait possible.

Lorsque nous avons quitté le Starlight Bowl ce soir-là, la musique résonnait encore dans ma tête.

Les allées paisibles de Balboa Park semblaient suspendues dans le silence de la nuit, tandis que San Diego s'endormait doucement sous les palmiers.

Je l'ignorais encore, mais cette journée allait devenir l'un de ces souvenirs que le temps n'efface jamais. Bien des années plus tard, il me suffirait d'entendre quelques notes de My Way, de revoir une paire de Nike Air Max ou d'apercevoir les lumières de San Diego pour que tout revienne, intact.

Parce que certains voyages ne s'achèvent jamais vraiment.
Ils continuent simplement de vivre en nous.

LE STARLIGHT BOWL

La suite au prochain épisode...
🎬 Épisode 8 —